APPD Toulouse

Association pour la Promotion du Patrimoine de la Daurade à Toulouse

11 mars 2008

"POURQUOI LA CEINTURE" ?

Notre dame la Noire : pourquoi la ceinture ?

La Daurade 8 décembre 2007

Après de passionnantes communications sur l’archéologie et sur les édifices qui précédèrent celui dans lequel nous nous trouvons, voici le moment de nous tourner vers les « pierres vivantes »[1] qui ont au cours des siècles ont prié et vénéré Notre Dame de la Daurade dans cette église.

La dévotion à Notre Dame la Noire nous place de prime abord devant un contraste étonnant !

Nous nous trouvons tout d’abord, aux aubes du Moyen Age, en présence d’une manifestation de foi en l’Immaculée Conception, mystère ô combien sublime discerné au cœur d’une méditation approfondie sur la divinité du Christ. Et nous voici quelques dix siècles plus tard en présence d’une humble pratique populaire qui porte des femmes en attente d’enfant à se ceinturer d’un modeste ruban de satin en demandant par ce geste la protection de Marie au cours de leur grossesse et de leur délivrance. Des générations de toulousaines ont suivi et suivent encore cette pratique[2] … dont je me trouve personnellement un des nombreux bénéficiaires !

Pourtant des relations réelles doivent bien unir ces deux extrêmes de foi et de piété. C’est à la mise au jour de ces liens que pourraient contribuer les réflexions qui suivent. Nous nous proposons en effet de remonter vers les sources de la « religion populaire » pratiquée en ces lieux et renforcer par là et son sens profond et l’esprit qui devrait l’animer

Evolution d’une dévotion mariale

Immaculée conception et fraternité chrétienne

Aux origines de la dévotion qui retient notre attention, il n’est pas question de protection de femmes enceintes mais d’un cimetière ! Urbain II, prédicateur de la première croisade, accorda en effet au comte de Toulouse « en récompense des services qu’il avait rendu à l’Eglise, des aumônes qu’il avait versées dans le sein des pauvres, et en considération pour son grand amour pour Sainte Marie de Toulouse » la faveur d’établir près de cette église un cimetière où il put reposer au milieu des siens. La vénération du pape pour la Daurade le porte même à attacher à ce cimetière, qu’il enjoignait à l’évêque de consacrer par bénédiction liturgique, une indulgence plénière pour tous les fidèles que leur piété inciterait à s’y faire inhumer.[3]

Remarquons bien le motif de ce privilège. Il associe le service des pauvres et l’amour de Marie. Une dimension de charité sociale se tient ainsi à la source lointaine de la dévotion actuelle. Une confrérie mariale ne tarda pas à apparaître. Elle se développera sous le nom de Confrérie des Toulousains avec des objectifs en harmonie avec les raisons pontificales d’alors puisqu’elle militera en même temps pour la fraternité entre ses membres et pour le soutien et le développement de la foi en l’Immaculée Conception. Et sur ce dernier point, pas besoin de recourir à quelque limier ecclésiastique pour dépister et combattre les tendances hétérodoxes. La confrérie veille, débusque et réagit… jusqu’à obtenir rétractation lorsqu’un imprudent, parisien de surcroît, commettra des écrits insuffisamment conformes !

La protection « sociale » de Notre Dame contre les catastrophes naturelles

La grandeur reconnue à Marie et magnifiée par la piété se manifeste alors concrètement dans la puissance de sa protection pour Toulouse et ses habitants. Il suffira d’amener sa statue devant la Garonne en crue pour que le fleuve se calme. Conduite en procession sur le front des incendies elle stoppe la progression du feu. Les plus sévères sècheresses prennent fin quand on l’invoque … La protection de Notre Dame de la Noire devient à Toulouse incontournable contre les grandes calamités climatiques. Il arrive même à son pouvoir de dépasser celui de son Fils :

Le 18 août 1672 un immense incendie se déclara au faubourg Saint Michel ; il consuma deux cents maisons, menaçant le palais du Parlement, le moulin du Château et la ville elle-même. L’archevêque de Toulouse tenta vainement de vaincre le fléau en portant personnellement le saint sacrement dans ces lieux de désolation. L’incendie croissait toujours. On eût alors recours à la Très Sainte Vierge, et l’on porta la statue de Notre Dame la Noire. Dès que la sainte image fut arrivée, le vent changea et l’incendie arrêta ses ravages.[4]

Cette comparaison entre les pouvoirs respectifs du Saint Sacrement et de la Sainte Vierge – au désavantage du premier !- pose évidemment de sérieux problèmes. Ils rejoignent d’ailleurs ceux que soulèvent à l’époque d’autres comportements de piété populaire qui provoqueront la désapprobation et même la condamnation de l’autorité ecclésiastique[5].

Le succès des interventions mariales suscite la gratitude de ceux qui en bénéficient. Les capitouls offrent ainsi à Notre Dame des robes plus magnifiques et plus précieuses les unes que les autres. On la comble de cœurs en vermeil ou en métal précieux et de nombreux cierges éclairent sa chapelle de lumières reconnaissantes.[6] 

Ces dévotions ne sont pas exemptes de risques de dérives magiques. Il n’en demeure pas moins que la puissance protectrice de Marie a d’abord été invoquée en vue d’un bien commun et d’un salut collectif. Le souci de fraternité de la confrérie initiale s’est inscrit dans la durée

.Au service de la santé des personnes et de la  « délivrance »des futures mamans

Dans ce contexte de demandes d’intervention à tonalités collectives, une orientation plus particulière se fait jour peu à peu, en direction des malades et des femmes qui désirent ou attendent un enfant. Et on observe d’heureux résultats :

L’usage et pratique ordinaire que l’on a dans cette ville d’étendre sur le lit des malades et des femmes en travail d’enfant une partie des vêtements qui ont servi à parer Notre Dame, dans Tholose, pour les faire retourner en santé ou accoucher heureusement, s’est trouvé ordinairement si infaillible, en tant de personnes guéries ou soulagées en leur gésine, que nous avons cru devoir continuer de tenir rôle de celles qui ont le plus spécialement ressenti les secours très favorables de la Très Sacrée Sainte Mère de Dieu[7]

La Vierge de la Daurade reçoit de ce fait le titre de Notre Dame de la Délivrance. C’est sous ce patronage précis qu’apparaît la tradition qui conduira à la pratique actuelle du port de la ceinture bénite.

Une diversité de supports

Mais ce symbole vestimentaire n’est pas isolable de d’un ensemble de supports et d’objets destinés à soutenir la dévotion locale en lui offrant l’appui de signes sensibles. Le ruban-ceinture trouve se trouve ainsi associé à des images, des prières, une médaille …

Iconographie

L’enveloppe donnée aux personnes désireuses de se procurer la ceinture contient avec celle-ci une image de la statue de la Vierge drapée d’un de ses magnifique manteau à la coupe triangulaire caractéristique. L’image porte est légendée par ces simples mots : Notre Dame la Noire : la Daurade.

La mention du nom de la paroisse évoque la composante communautaire chère à la confrérie des origines. Ici pas plus qu’ailleurs, le culte de Marie ne saurait se laisser enfermer dans quelque dévotion privée que ce soit.

Comme une reine, Notre Dame est présentée couronnée. Elle tient un sceptre en sa main droite. De l’autre elle porte Jésus, tourné vers les fidèles. Lui aussi est couronné, un sceptre à la main et vêtu comme sa mère, au point de donner l’impression qu’ils sont tous deux sous le même vêtement. Quel est donc celui des deux qui copie ou influence l’autre ? La réponse se précise quand on restitue à l’image son environnement iconographique. Observons-le.

Tout au-dessus Dieu Père, dirige sa main, d’un geste créateur, qui semble plus vers l’Enfant que vers sa Mère, comme si nous étions invités à nous rappeler les paroles de l’Apôtre Paul :

Il est l’image du Dieu invisible … premier né de toute créature … en qui nous avons la délivrance, le pardon des péchés[8] 

La statue elle-même est abritée sous un arceau d’étoiles. La représentation actuelle en compte treize. Mais une vue illustrant la prière jointe au ruban, les limite à onze. L’Apocalypse de Saint Jean en place douze en couronne sur la tête de la Femme. Ces approximations n’altèrent pas la clarté du message : entre la Création et la Fin des temps, l’Incarnation du Christ en Marie se présente comme le pôle central de toute l’Histoire.

Aux pieds de Marie ondule un ruban suffisamment long pour développer ce texte :

Recevez et portez avec confiance cette ceinture bénite comme signe de ma protection maternelle et comme gage d’une heureuse délivrance.

ceinture

Une céramique antérieure à celle qui est actuellement en place disposait ce ruban autour d’un médaillon représentant une scène très intéressante.

ceinture2

Au premier plan Marie, assise, tient Jésus sur ses genoux. Tous deux accueillent une femme agenouillée affectueusement accompagnée d’un ange aux ailes déployées. Jésus et Marie proposent ensemble à cette femme le ruban bénit. Mais à l’évidence il vient de Jésus et passe par la main de sa Mère pour atteindre celle de la femme. La source du don est bien le Christ en personne.  

Au second plan, la Garonne, apaisée. Et en arrière plan, le quai de la Daurade avec bien en vue la façade caractéristique de la basilique[9]. En situant l’apparition sur la rive Gauche, l’artiste aurait-il voulu rappeler aux habitants du Centre ville que ceux de Saint Cyprien étaient eux aussi dignes de considération ? En fait il est plus vraisemblable que la représentation évoque et rappelle la dimension sociale des interventions de Notre Dame. La dévotion individuelle mise en avant au premier plan ne saurait faire oublier que la protection mariale évoquée par le second plan concernait la ville toute entière, confrontée chaque année au risque de graves inondations

Des prières

Dans l’enveloppe qui contient la ceinture on trouve aussi le texte d’une bref exposé sur la dévotion (que l’on tient à situer aux antipodes de la pratique magique), suivie d’une présentation du Chapelet avec les « mystères » qui en accompagnent la méditation. Il s’agit ce faisant de suivre les étapes remarquables de la vie du Christ et de réaliser encore que Marie n’a de sens qu’en référence à son Fils.

Le dernier volet de ce petit encart invite à prier d’abord le Magnificat « avec Marie », ensuite aux intentions de l’Eglise et enfin avec une « Prière de la Daurade », supplication d’une maman pour la santé de l’âme et du corps de son enfant.

Deux autres prières sont en outre disponibles pour les personnes qui en feraient la demande L’une du cardinal Saliège marque nettement la finalité d’une piété mariale authentique en demandant à Notre Dame « Rendez-moi comme vous, conforme à votre divin Fils ». L’autre du cardinal Desprez, archevêque de Toulouse dans la dernière partie du 19° siècle, demande avec des biens spirituels « l’assistance du Saint Esprit », c’est à dire de Celui qui en Marie fit advenir le Christ.

La médaille

Une modeste médaille s’ajoute à ces supports. Circulaire, dorée ou argentée, elle porte sur une face l’image de la Vierge entourée de l’inscription Notre Dame la Noire. L’autre face donne à voir le fronton de la basilique.

Le ruban-ceinture

Enfin l’objet principal de la piété mariale locale est le fameux ruban-ceinture, lové dans l’enveloppe aux côtés de l’image et des prières. Long de 115 à 120 cm, large de 15, il est en satin blanc. A l’une de ses extrémités, en impression encrée, se trouve l’image de Notre Dame la Noire entourée de l’inscription « Basilique la Daurade Toulouse ». La dimension communautaire de la spiritualité demeure signifiée.

Menu propos sur le symbole

Les objets déclinés ci-dessus et auxquels il conviendrait d’ajouter cierges et lumignons, sont à situer dans une perspective symbolique convenable, sous peine de sombrer dans l’insignifiance ou, à l’inverse, dans la magie.

Est « symbolique » une réalité sensible dont la signification immédiate est en quelque sorte augmentée, enrichie, d’une autre signification relative à une réalité qui, elle, échappe à la prise des sens. Ainsi l’alliance que les époux portent au doigt n’est pas seulement un morceau de métal plus ou moins précieux et à la valeur vénale définissable. Elle représente aussi (et surtout) l’amour qui lie deux personne dans la décision de vivre en couple. Le signe ne représente pas grand chose en lui-même. Il prend sa valeur réelle de ce qu’il signifie.

Dans l’univers des symboles, le rapport entre le signe et le signifié est variable, plus ou moins profond, plus ou moins intense. La photo que l’on conserve d’amis ou de parents défunts a certainement plus de valeur que la couleur d’un habit. L’eau bénite dont on se signe en mémoire du baptême, l’icône devant laquelle on prie, le livre des Ecritures s’attachent ainsi à des degrés divers aux choses qu’ils signifient. Au sommet de ces relations se trouvent les sacrements, évènements dans lesquels s’implique et s’engage totalement le Christ ressuscité en personne.

La magie apparaît lorsque le signe, prenant le pas sur le signifié, est prétendu efficient par lui-même. L’objet, considéré comme dopé de puissances spirituelles bénéfiques ou maléfiques, agit alors automatiquement, à la demande de ceux qui en disposent. Plus besoin de Dieu ! Magie et idolâtrie se rejoignent dans la même ineptie !

Les objets de piété en général et ceux qui sont propres à la dévotion à la Vierge Noire, n’échappent donc pas aux risques de dérives magiques. Il faudra toute la vigilance des croyants pour les maintenir dans un statut symbolique cohérent avec la foi chrétienne.

Le poids et le prix d’une Tradition

La Tradition véhicule jusqu’à nous plus qu’elle ne dit ou ne laisse paraître. Pour résumer en quelques mots ce qu’elle nous donne de découvrir, retenons que la dévotion propre au ruban-ceinture s’inscrit dans un ensemble où interfèrent plusieurs composantes :

- Celle d’une foi, soutenue, en l’Immaculée Conception, foi passée de la « pieuse croyance » au dogme qui

… enveloppé d’abord dans le texte sacré comme un germe se cache dans la graine .. S’en dégage peu à peu sous l’action de la pensée chrétienne fécondée par l’Esprit Saint et revêt enfin sa formule qui devient définitive par la décision de l’Eglise[10].

- Celle d’une foi en la protection maternelle de Marie à l’égard d’une communauté humaine toute entière.

- Celle d’un recours à Notre Dame pour guérir et protéger des malades mais aussi des femmes qui désirent ou attendent un enfant. Elles occupent une place finalement prépondérante en se tournent vers Notre Dame de la Délivrance

pour lui confier les terreurs que répandaient dans leur chair les annonces de la maternité, les déceptions déjà subies ou de nouvelles espérances[11] 

- Celle d’une foi « chrétienne » qui situe la protection de Marie en rapport, direct et de dépendance, avec le Salut accompli par son Fils.

- Celles de pratiques populaires confrontées aux risques magiques mais qui prennent un sens authentiquement chrétien si on les réfère aux sources d’où elles proviennent. Elles se développent dans le champ où le bon grain d’une foi centrée sur le Christ le dispute à l’ivraie des tendances magiques.

Pourquoi la ceinture ?
Au commencement était le manteau

Pendant des siècles les pieuses toulousaines qui invoquaient Notre Dame la Noire n’ont jamais eu recours à la ceinture pour symboliser la protection qu’elles attendaient d’elle. Nous l’avons observé plus haut, « une partie du vêtement » étendue sur le malade ou sur la femme enceinte suffisait pour, la prière aidant, espérer avec confiance le secours attendu.

Mais avec la Révolution toute la garde robe de Notre Dame la Noire disparut. La statue elle-même fut brûlée dans l’âtre d’un corps de garde. Après la grande tourmente, la pénurie de manteaux et la croissance de la demande conduisit à adopter la formule du ruban que nous connaissons aujourd’hui

Lorsque les demandes furent devenues si nombreuses qu’il était matériellement impossible d’y satisfaire, on prit le parti de distribuer des ceintures qui avaient reposé quelque temps sur la statue miraculeuse et que les femmes enceintes revêtaient longtemps avant l’événement, en priant Marie de leur être propice[12]

C’est vers la symbolique du manteau de Notre Dame qu’il faut donc nous tourner pour découvrir le sens primitif de la pratique actuelle.

Le manteau est traditionnellement signe de protection et de dignité : quand Saint Martin partage avec un pauvre son manteau, il le protège et il le couvre aussi de sa propre dignité d’officier.

Déjà l’Ancien Testament présente à de multiples reprises cette double symbolique. Relevons-en quelques exemples. Une règle morale est édictée pour que le débiteur ne soit jamais dépouillé de cette protection élémentaire (Ex.22,6). Le prophète Elie prend Elisée sous sa protection et le place sous son influence en étendant sur lui son manteau (1R.19,19). David danse devant l’arche revêtu d’un manteau de byssus (1Ch.15,27) et la munificence du roi de Tyr éclatait dans son manteau couvert de pierres précieuses (Ez.28,13). Protection et dignité se retrouvent aussi quand le manteau symbolise la virginité respectée avant le mariage et perdue lorsque ce vêtement est enlevé (Ct.5,7 ; Ez.16,8,10).

Le Nouveau Testament prend le relais de ces significations. L’aveugle Barthimée jette son manteau, protection désormais inutile, pour s’en remettre à celle du Christ vers lequel il s’élance. Jésus entre triomphalement à Jérusalem en s’asseyant sur les manteaux des disciples et en piétinant sous les sabots de sa monture ceux que l’on place sur son passage (Cf. Mc.11,7-8). La relation de l’évènement insiste plus sur les manteaux que sur les rameaux ! Le véritable Salut est en effet désormais à attendre du Christ et l’hémoroïsse touchera le manteau du Seigneur pour obtenir d’être guérie, c’est à dire sauvée (Mt.9,20). Le couple protection-dignité se retrouve jusque dans la parodie imaginée par les persécuteurs du Christ qui affublent d’un manteau rouge et d’une couronne d’épines Celui qui s’est présenté comme le Roi des Juifs (Jn.19,2).

Le ruban-ceinture de la Daurade apparaît dans l’Histoire comme la miniature du manteau de Notre Dame la Noire. La recevoir et la porter signifie donc à la fois se mettre sous la protection de la Mère du Christ et prendre part à sa dignité de servante du Seigneur.

Symboliques du ruban-ceinture

La tradition nous invite à relier la symbolique de la ceinture avec celle du manteau. Mais il se trouve que cet objet bénéficie lui aussi de significations propres enracinées, comme celles du manteau, dans les plus antiques traditions.

La ceinture, si utile pour maintenir sur soi les vêtements, évoque à la fois :

- Protection et intégrité, dans des sens voisins de ceux que nous avons repéré pour le manteau (Ps.109,19 ; Jr.2,32).

- Dignité, évoquée par exemple par la ceinture en or portée par le Fils de l’Homme (Ap.1,13)

- Equipement pour le voyage comme le précisent les dispositions du repas pascal pris dans la nuit du départ d’Egypte pour inaugurer l’aventure d’une longue marche vers Dieu (Ex.12,11).

- Force et puissance que le Messie neutralisera chez les méchants en dénouant leur ceinture (Jb.12,18).

L’ensemble de ces significations est en quelque sorte synthétisé dans l’attachement au Seigneur évoqué par le prophète Jérémie :

.. de même qu’une ceinture s’attache aux reins d’un homme, ainsi m’étai-je attaché toute la maison d’Israël, toute la maison de Juda, oracle de Yahvé, pour qu’elles soient mon peuple, mon renom, mon honneur et ma splendeur. (Jr.13,11).

Prières à Marie, prières de demande.

Retrouvons maintenant la dévotion elle-même dans ce qu’elle comporte de plus spirituel, la prière.

Les cahiers ouverts aux fidèles à la chapelle de la Vierge en sont remplis ; les courriers reçus aussi, les suppliques adressées à Marie y sont multiples et variées.

Les personnes qui les écrivent s’expriment avec leur cœur, leurs émotions, leurs convictions. Souvent simples et naïves, il leur arrive de prendre sans malice quelque distance avec la doctrine officielle, telle celle qui dit de Notre Dame qu’elle « a connu comme toutes les mères les douleurs de l’enfantement ». La prière de demande et la place de Marie dans sa relation au Christ appellent en tout cas quelques rappels et quelques précisions.

Dans son fond, la prière de demande est à situer en relation avec la responsabilité de l’homme dans sa relation à Dieu. Nous sommes créés libres et responsables. Nous ne sommes pas des jouets entre les mains de Dieu. Il nous aime, et qui aime ne s’impose pas mais respecte ! Aimer, c’est reconnaître avoir besoin de l’autre et demander se conjugue aux mêmes temps qu’’aimer.

En même temps, la prière de demande se doit d’être en conformité avec la volonté de Dieu. « Que ta volonté soit faite » précède ainsi « Donne-nous.. ». L’interprétation des réponses ou des non-réponses aux prières de demande est à soumettre à cette lumière.

Par ailleurs Marie n’a de sens qu’en référence à son Fils. Tout en elle se définit par rapport à Lui. Sauf exceptions (le plus souvent récentes) l’iconographie montre qu’elle présente aux hommes, son visage tourné vers eux, l’Enfant qu’elle porte sur ses bras ou porte sur ses genoux.

« A Jésus par Marie », signifie donc « A Jésus par l’humanité et à l’exemple de celle en qui il a radicalement pris notre condition humaine ». Prier Marie, c’est en profondeur communier à la condition « chrétienne » de cette maman afin de s’adresser, avec elle et comme elle, à Jésus-Christ, son Fils.

Toute prière de demande à Marie doit ainsi s’ouvrir à l’aventure d’un « fiat ». Malheur à la ceinture qui serait portée pour conduire dans une autre direction !

Conclusion : Prier d’abord !

L’immaculée Conception est un bien grand mystère ! Combien il est réconfortant de voir se déployer sous son patronage une humble dévotion, populaire et risquée. Un équilibre et une harmonie découlent de ce rapprochement contrasté éclairé par le développement de l’Histoire. La doctrine difficile et l’humanité profonde se rejoignent.. comme dans le mystère fondateur où une jeune fille de Nazareth accueillit le message mystérieux qui dépassait son entendement.

Dans ce retour à l’essentiel comment ne pas évoquer l’aventure d’une autre jeune fille toute simple qui s’est trouvée un jour elle aussi confrontée au mystère d’une révélation inouïe. Il s’agit de Bernadette, messagère de la foi en l’Immaculée Conception. Spirituellement rejoint les fidèles qui dans ce quartier en furent de premiers missionnaires. Ne donne-t-elle pas le ton de toute dévotion mariale authentique quand elle déclare :

Ce n’est pas l’eau qui compte, il faut prier d’abord ! 

Comme un écho, le petit dépliant donné avec le ruban-ceinture écrit :

Qu’importe le signe ? Ruban, médaille ou cierge, ce n’est rien si le cœur n’y est pas ! Mais quand on aime, un rien, un bout d’étoffe traduit une présence. Ce n’est pas magie, c’est prière.

Et si nous étions, les uns et les autres, appelés à tenir de la sorte nos reins ceints et nos lampes allumées ?[13] 

Michel DAGRAS

[1] Cf. 1Pi.2,5

[2] On comptait à la fin du 19° siècle la distribution de quelque 460 « ceintures » par an. Même si ce chiffre a baissé aujourd’hui de moitié, il demeure significatif d’une pratique persistante.

[3] ND La Daurade (Toulouse)Son Histoire, son Culte, p.21

[4] op. cit. p.52

[5] Les vicaires généraux de Toulouse interdiront la cérémonie organisée pour l’Assomption de Marie telle qu’elle se déroulait alors à la Daurade : la statue de la Vierge était hissée vers la voûte sous les yeux ravis de la foule accourue de toute la ville plus pour le spectacle que pour la célébration de la foi.

[6] « … selon la promesse faite d’un cierge du poids de la malade.(guérie) Mme de Beaupuy est venue en offrir un du poids de 120 livres. » op. cit. p.65

[7] op.cit. p.63

[8] Col.1,14-15

[9] Ce médaillon, de couleur bleue, est toujours en place mais le ruban ne l’enserre plus. En outre la vue qu’il présente manque de netteté. Il ne semble pas que les plans de la Garonne et de la Daurade aient été conservés.

[10] op.cit p.36

[11] op.cit. p.61

[12] op.cit. p.66

[13] Cf.Lc.12,35


Posté par APPD à 13:02 - POURQUOI LA CEINTURE ? - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


« Accueil  1